CONSTRUCTION D’UNE IDENTITÉ PROPRE

Sans fin, toujours en mouvement, nous évoluons tous, ou du moins nous avons tous cette possibilité.
Le cours du temps seul n’est pas responsable de cette évolution. Nos expériences, nos choix, les lois du hasard déterminent ce mouvement.
La remémoration, la mémoire, ce que notre esprit et/ou notre corps a enregistré de ces événements, bénéfiques ou traumatiques, communs ou incroyables, va nous permettre de réagir par la suite dans des situations inédites ou du même ordre. Si nous ne sommes pas déterminés, nous avons le choix de nous déterminer.

Boris Cyrulnik, célèbre neuropsychiatre, évoque dans son livre Je me souviens, son enfance et ses souvenirs en retournant sur les lieux où il a séjourné petit, accompagné de Philippe Brenot à qui il livre ses impressions et les souvenirs que ces lieux font rejaillir. C’est à cette occasion qu’il nous livre cette réflexion sur la mémoire, sur les stratégies d’adaptation et sur le retour traumatique du souvenir.
En 2008, après plus de quarante ans, Boris Cyrulnik revient à Bordeaux, la ville de son enfance. Il n’y revient qu’à l’âge de quatre-vingts ans car, dit-il «toutes les rues sont bloquées par mes chagrins d’enfants.» Il fait ce retour lucide sur lui-même pour mieux comprendre les stratégies d’adaptation que met en œuvre la mémoire afin que le passé redevienne accessible.

Cyrulnik nous révèle qu’il n’arrive à parler de lui qu’à la troisième personne, c’est pour cette raison qu’il ne peut faire d’autobiographie qu’en semblant parler d’un tiers.

Il explique que la difficulté à parler de lui c’est de retrouver l’émotion enfouie.

S’il peut parler de ce temps de l’enfance, c’est uniquement en donnant l’impression de vivre une enquête, de procéder à une archéologie personnelle.

Par ailleurs il explique que l’archéologie n’est pas la vraie mémoire, c’est une mémoire maîtrisée dans laquelle il n’y a pas d’émotion. C’est lorsqu’on découvre un fait historique, qu’on ouvre des archives. Ce n’est pas autobiographique.