JE EST UN AUTRE

Vidéo couleur


Rimbaud formule ici l'expression la plus aboutie de cette part de nous-même insaisissable, inattendue ou même inavouable. Notre « je » n'est pas un « je » homogène. Il nous arrive souvent de nous surprendre nous-même, prenant alors conscience de notre multiplicité.

Il y a en nous un continent obscur qui est l'autre de nous-même. C'est aussi cet étranger, cette étrangère en face de nous qui nous définit et nous donne notre identité. C'est le regard de l'autre qui nous constitue en sujet. Il n'y a pas de « je » sans autre.

Albert Jacquard affirme bien :

               « Ce sont les autres qui me constituent mais je suis habité de l'autre ».

Il faut aborder la question de l'identité, du « Qui suis- je » avec mesure, de peur de nous figer. C'est une illusion de croire que nous sommes dans une identité stable. Nous sommes tous porteurs d'inconnu. Tous susceptibles d'être différent le lendemain. En métamorphose perpétuelle.

Comment ignorer cette évidence ? Tous les gens qui s'acharnent à se figer, à nier cette métamorphose s'installent dans un rapport de force face à eux-mêmes. Ils souffrent.

L'éloge de l'autre signifie l'éloge de la métamorphose et du changement.

La vidéo Je est un autre ne désigne en aucun cas l'effacement de soi au profit d'un autre, mais l'humanité commune entre cet autre et moi. Il indique une volonté de dépasser les réactions de peur, de déni de l'autre, où l'on stigmatise l'autre à cause de nos préjugés.

               « ‘Je me croirais le plus heureux des mortels, si je pouvais faire que les hommes puissent se guérir de leurs préjugés. J'appelle ici préjugés non pas ce qui fait qu'on ignore certaines choses mais ce qui fait qu'on s'ignore soi-même.’ Préjuger, ou juger trop vite, signifie donc juger sans savoir qui l'on est. C'est ce qui pousse à agir au nom de la différence sans reconnaître en autrui le même, c'est à dire l'humanité. L'humanité qui nous lie à cet autre que l'on opprime. »

Caroline Mineau, citant les Lettres persanes de Montesquieu dans, Se connaître par l’autre : le rapport entre les cultures dans les Lettres persanes de Montesquieu, Ithaque, 1, p. 3-23.


Dans cette vidéo, je mets en avant cette découverte de soi qui passe par la découverte de l'autre. En introduisant une première approche qui n'est pas celle de la vue qui, trop souvent, réduit l'autre à son seul caractère différent. Le spectateur observe alors ce processus de découverte simultanée, invité par le visage de cette autre qui lui fait face, le poussant ainsi à continuer cette démarche.

L’acte de découvrir implique un apprentissage, mais également la conservation d’une partie de l’ignorance initiale, car ce qui est vu pour la première fois apparaît indépendamment des liens de convention qui lient le sujet aux autres. Cette ignorance est toutefois porteuse de vérité, car le sujet, ainsi libéré de l’apparence que lui donne l’opinion, se montre soudain en lui-même.

David Le Breton recommande face à la découverte du visage de l'autre « de cheminer avec un esprit de finesse plutôt qu'un esprit de géomètre.»

Entrer dans la connaissance d'autrui implique donc de lui donner à voir et à comprendre un visage nourri de sens et de valeurs et faire l'écho de son propre visage - un lieu égal de signification et d’intérêt.

Le visage est le lieu de la reconnaissance mutuelle.