« ‘J'appelle regard moins la faculté de recueillir des images que celle d'établir une relation.’ Regarder l'autre signifie établir une relation intentionnelle avec lui, cela implique la réciprocité du rapport. »

Caroline Mineau, citant l’œil Vivant de Jean Starobinsky dans Se connaître par l’autre : le rapport entre les cultures dans les Lettres persanes de Montesquieu, Ithaque, 1, p. 3-23



L’art est pour moi un médium de rencontre qui permet aux univers éloignés de cohabiter. J’aime explorer les formes du réel et la manière dont on les appréhende. J’analyse et dissèque le processus du regard : ce qu’il induit chez le spectateur comme chez le sujet.

Mon travail s’envisage toujours en relation avec l’autre; appliqué à ma production, cela implique en amont des rencontres ponctuelles avec le modèle, des dialogues avec lui afin de comprendre son histoire, son univers, pour ensuite les partager avec le spectateur.

Durant un cursus de cinq années aux Beaux arts, j’ai élaboré et mis en scène un projet photographique et vidéo sur la thématique du regard sur la différence. Partant du constat que l’iconographie du handicap a souvent oublié l’individu, le réduisant à ses manques et faiblesses, j’ai mis en oeuvre plusieurs projets avec des enfants handicapés qui se veulent l’expérience d’une rencontre. En ont résulté : Je est un autre, Miroirs, Attendre que le soleil se couche, Les Jumelles et Contrôle technique.

Consciente que les non-représentés tombent dans l’oubli, j’ai voulu témoigner du visage des libanais et de leur identité spoliée par les événements dramatiques survenus au cours de l’histoire du pays. Ce projet s’est concrétisé dans l’installation interactive Histoires enfouies et la série photo Portraits du Liban.

Dans mes travaux vidéo et photographiques, la connivence partagée avec le sujet crée un climat et un espace d’intimité, une sensation de proximité qui permet au spectateur de rentrer dans un univers jusque-là méconnu, nous renvoyant à nous-même et à notre propre fragilité.